Le verglas n’avait pas encore commencé à tomber. Mais pour les opposants au site de pumptrack choisi par Verdun, c’était déjà la douche froide mardi soir. Dès le début du conseil d’arrondissement, nous avons appris que la mairesse Beauregard et son parti, Projet Montréal, avaient décidé d’octroyer, sans plus attendre, un contrat pour les travaux préliminaires à l’aménagement d’une piste à rouleaux au parc Adrien-Archambault, un lieu d’une grande valeur écologique.
Pour les gens qui luttent depuis deux ans contre ce projet digne de l’Absurdistan, c’est évidemment un dur coup. Ils ne peuvent plus guère compter que sur le ministère québécois de l’Environnement, qui n’a pas encore donné le feu vert, ainsi que sur le ministère fédéral de l’Environnement, qui pourrait s’opposer à un aménagement compromettant la survie de la tortue serpentine, une espèce classée préoccupante par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ensuite, ne restera plus que la justice, qui a déjà été saisie de l’affaire.
Bref, une soirée frustrante, mais qui n’a pas manqué de grands moments comiques. Involontaires sans doute, mais hilarants.
Le premier est venu du conseiller Sterling Downey, qui a soutenu que nous avions besoin de projets structurants, comme cette piste, pour éviter que des bombes nous tombent sur la tête.
Il faut préciser qu’au tout début de la séance, Verdun avait donné son appui à sa communauté iranienne. (J’y reviendrai.) Le conseiller de Projet Montréal a saisi la balle au bond pour vanter le projet de son parti. Trop fort, ce mec ! Qui aurait cru qu’en redessinant les oléoducs en forme de piste à rouleaux, on aurait peut-être pu éviter une autre guerre au Moyen-Orient ?
L’autre intervention inoubliable est venue d’une citoyenne luttant farouchement pour que la pumptrack soit érigée sur un site protégé légalement par trois ententes environnementales. Cette dame, bien connue dans le réseau de la planche à roulettes, avait quitté son clavier et était venue, personnellement et en personne, nous annoncer une grande et belle nouvelle: 99 % des répondants d’un récent sondage appuyaient le projet de piste à rouleaux de l’arrondissement de Verdun.
La défenderesse autoproclamée de l’activité favorite du conseiller Downey a paru étonnée qu’une partie de l’assistance en fasse des gorges chaudes. « Combien de personnes ont signé la pétition et quelle était la méthodologie ? » a lancé un opposant à propos du dit sondage. Le brouhaha a entraîné un peu de confusion. Mais il semble que l’emplacement de la piste à rouleaux n’était pas mentionné dans le sondage.
L’incrédulité du public m’a paru un juste retour des choses pour la planchiste qui critique depuis des lustres la pétition d’opposition au projet, laquelle a réuni plus de 3000 signatures. La mairesse Beauregard est allée dans le même sens que son alliée, soulignant que la liste des opposants contenait quelques signatures surprenantes, dont celles du pape et du père Noël. Mais de mauvaises langues racontent que ce sont justement les pro-pumptrack qui sont venus polluer la pétition. Allez savoir !
Quoi qu’il en soit, la solidité de la pétition a été confirmée lors des élections de novembre dernier, où quelque 70 % des insulaires ont voté contre la mairesse (élue, rappelons-le, avec 48 voix de majorité) et son parti. Ils se sont sans doute, du même coup, prononcés contre la piste à rouleaux.
So-so-solidarité
Permettez-moi de revenir à l’appui que Verdun avait donné à sa communauté iranienne, qui compte quelque 2000 membres. Je suis moi aussi de tout cœur avec eux, étant fort préoccupé par ce qui se passe dans leur pays d’origine. Mais la motion d’appui m’a laissé un peu songeur. Car qu’appuie-t-on en fait ? Apparemment, ce groupe est lui-même plutôt divisé entre monarchistes, démocrates et religieux. Entre partisans et adversaires de l’intervention israélo-américaine aussi.
Cependant, nous étions dans un grand élan de solidarité. En effet, on a profité de cette séance du conseil pour affirmer l’appui de Verdun à la Journée internationale des droits des femmes, au Mois de la francophonie ainsi qu’au Mois du patrimoine de la communauté irlandaise. Moi aussi, j’étais ému.
Une chose pourtant me turlupine et m’interpelle. Un sondage récent vient de nous apprendre que Verdun est un arrondissement divisé. Verdun-le-continent et Verdun-l’île ne sont pas sur la même longueur d’onde. Les insulaires ont même du mal à s’identifier comme Verdunois ou Verdunoises.
C’est pourquoi j’ai eu cette idée géniale. Le projet de passerelle entre le continent et l’île devrait être devancé. Qui plus est, on devrait y aménager la piste à rouleaux. Elle pourrait zigzaguer le long de la voie réservée aux pompiers. C’est le genre de projet structurant, stimulant et mobilisateur dont l’arrondissement a besoin. Il devrait plaire au conseiller Downey.